Génie des mots

Le feu l’a dévorée sans un bruit

Feu de bois d'hiver
La bûche a brûlé toute la nuit. Au petit matin, il n'en restait que deux maigres morceaux calcinés. Envolée toute cette matière d'énergie qui s'est consumée sans un bruit. Sans flamme. Sans fumée. Comme si rien de tout ça ne se passait. Comme si rien de tout ça n'existait. Et pourtant, le feu intérieur la dévorait de tout son long. Cette énorme bûche ne s'est pas relevée. Le feu brûlant de la colère l'a dévorée toute entière. Le feu brûlant de la colère l'a réduite à se taire. Plus aucun crépitement. Plus aucun crachat de braise. Plus aucune explosion volcanique d'un morceau de cendres chaud. Non. Plus rien.
Combien de temps a-t-il fallu à ce bois pour que le rondin grossisse ? Pour que le tronc s'élargisse ? Combien de temps a-t-il fallu au bûcheron pour repérer l'arbre et le dépecer ? Combien de temps de temps a-t-il fallu à celui qui le fit sécher et le remisa ?
Tout ce temps emporté. Envolé. Consumé. Comme s'il ne comptait pas. Comme s'il n'avait jamais compté. Comme si l'illusion d'être dans le moment présent feignait d'oublier tout le temps passé.
Quelle part de moi-même ai-je laissé se consumer ? Quelle part ai-je laissé s'éteindre plutôt que de la nourrir, la fertiliser, la laisser grandir et vivre ?
Tout n'est que métaphores et signes dans ce monde d'ici-bas.
Tout n'est que métaphores et signes de vie à qui ne la voit pas.
Le bandeau sur les yeux, nous avançons aveugle d'une partie de soi.
Aurons-nous le courage d'ôter ce ruban de soie, cette douce cécité qui nous fait tourner en rond dans notre pré carré ?
Cette part de lâcheté qui nous endort plutôt que de nous réveiller pour risquer notre humanité.
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